[CRITIQUE] « La French », réalisé par Cédric Jimenez

Légende : En 1975, au coeur de la belle ville de Marseille, Pierre Michel, un jeune magistrat lorrain s'installe dans la Cannebière avec sa femme et ses enfants. Il y est nommé juge dans le cadre du grand banditisme. Sa première cible sera alors de démanteler la French Connection, une véritable organisation mafieuse réalisant des opérations avec le monde entier pour l'exportation d'héroïne. Droit et incorruptible, le juge Michel, malgré plusieurs mises en garde, part seul à la traque de Gaëtan Zampa. À travers ce film au cinéma, nous ressentons toute la tension qui règne dans la ville portuaire et surtout le scénario de La French nous remémorant des faits bien réels.

Jeune réalisateur originaire de Marseille, on connaît Cédric Jimenez pour son « Aux Yeux De Tous » (2012). Le film au cinéma n'est pas passé inaperçu, notamment pour son ingéniosité et son inventivité, puisque la réalisation s'est faite uniquement à partir d'images de caméras de surveillance et webcams. Deux ans plus tard, le réalisateur revient à un format plus classique avec le tournage de La French et il est aidé par un casting cinq étoiles (Jean Dujardin, Gilles Lellouche, Mélanie Doutey..). Mais c'est surtout le sujet abordé qui complexifie quelque peu la mise ne place du projet. Car la French Connection de Marseille a suscité de nombreuses fascinations, surtout auprès des réalisateurs, et si l'on se souvient surtout de quelques versions précédentes, il est vrai que cette nouvelle proposition de Cédric Jimenez est des plus étonnantes, et dans le bon sens du terme.

Si le sujet a déjà été abordé au cinéma par William Friedkin (1971), Cédric Jimenez offre un tout autre point de vue, en se focalisant avant tout sur la rivalité et les tensions rencontrées entre le juge Michel et le parrain de la pègre marseillaise Gaëtan Zampa. C'est presque une partie de poker ou de bluff se jouant entre les deux hommes, chacun avançant ses arguments et surtout prônant leurs propres places dans la société, créant alors un véritable jeu de dupe. La relation à distance qu'entretiennent les deux hommes, tentant de devancer les coups de l'un et de l'autre, est un fait accompli puisqu'ils ne se rencontrent que très rarement au cours du film au cinéma. Tout n'est pas noir dans La French, mais si vous recherchez un film réjouissant, ce n'est clairement pas la bonne affiche. Les personnages sont particulièrement bien écrits et cela permet au public de s'attacher à l'homme de loi comme du bandit. Par l'ambiance old-school pas déplaisante, Cédric Jiménez a réussi son pari par une réalisation osée, et si assurément il ne manque pas d'inventivité, il a tout de même su créer le bon équilibre pour conférer un ensemble très appréciable à l'ensemble des spectateurs au cinéma du film La French. C'est un soin que l'on retrouve aussi avec la précision et la redécouverte des décors et accessoires d'une ville de Marseille en plein milieu des années 70. La méthode de la captation est également un des facteurs les plus importants dans ce passage temporel. Une pellicule 35mm a notamment servi au tournage du film La French, chose rare au cinéma en France. Cette technique permet de recréer le grain et les couleurs chaudes des films au cinéma, comme à l'époque des faits. Si l'on regrette quelque peu l'utilisation d'une effroyable caméra à épaule qui vire au Shaky-Cam lors des scènes d'action, la rendant illisible, et dont aurait pu se passer le jeune réalisateur de 41 ans, Cédric Jiménez a tout même su avec La French gérer à merveille son projet et son film, avec toujours de très belles idées apportant un plus visuellement et surtout la proposition de plans à la richesse rare, notamment dans les films au cinéma français. Un réalisateur surprenant et prometteur pour la suite ! Très bien rythmé, le film l'est aussi par sa B.O. seventies au charme dingue.

Il est intéressant de constater le pari audacieux que de placer des acteurs aussi étiquetés « humour » comme Dujardin et Lelouche dans des rôles aussi dramatiques, où ils excellent. Certes on pourrait reprocher à Gilles Lellouche de trop lorgner vers des clichés mafieux déjà vus, mais la justesse globale de son interprétation et l'écriture de son personnage rattrapent le tout. Mention spéciale à Jean Dujardin qui glisse du sérieux à l'ironie poilante avec une aisance déconcertante et sans perdre une once de crédibilité. A leurs côtés les talentueuses Céline Sallette et Mélanie Doutey aux rôles tout en justesse.

Conclusion

La French est un polar brillant et très bien rythmé. La réalisation est surprenante et soignée, Dujardin et Lellouche excellent dans des rôles sombres et fascinants. Une excellente surprise !